samedi 29 décembre 2012

Sous le sapin… le racisme !

J'ai eu vent il y a quelques jours d'un courriel qui circule faisant état d'un « scandale » : les musulmans reçoivent une prime de Noël de la CAF ! Scandale évidemment car les musulmans ne célèbrent pas Noël, qui est une fête chrétienne. En toute « logique » il n'auront pas de frais pour Noël, donc n'ont pas à recevoir de prime.

Rétablissons immédiatement la réalité : la prime de Noël ne concerne pas les seuls musulmans, mais tous les foyers bénéficiant du RSA et répondant à des conditions de ressources, comme expliqué sur le site de la CAF.

Une pétition — annulée depuis — avait donc été lancée pour demander à la Caisse d'Allocations Familliales de supprimer cet avantage pour les musulmans, pour les raisons évoquées ci-dessus.

La pétition a depuis été close, heureusement, suite au refus de la CAF de procéder à un changement. Voici le message d'annulation :
Avis pétition annulée
Merci pour votre courage et joyeux Noël.

Je suis informé que la caisse des allocations familiales ne peut revenir sur les conditions d'attribution de la prime de Noël 2012.
L'administration précise que cette prime est un droit qui ne peut être abrogé .

En effet les Français musulmans et autres religions ont droit au versement de la prime de Noël 2012, il suffit de remplir les conditions de ressources pour que l'argent soit versé directement sur les comptes en banque.

En conséquence cette pétition est annulée à partir de ce jour mardi 20 novembre 2012.
http://www.caf.fr/actualites/2012/prime-de-noel-2012

J'ai lancé cette pétition sur internet pour la suppression du versement de la prime de Noël aux Musulmans.
Ce n'était pas une initiative raciste (l'islam n'est pas une race) mais tout simplement un acte de bon sens.
La loi contre le racisme n'interdit pas expressément la critique des croyances, des opinions, des philosophies.

Dette de la France
Nous avons 1800 milliards à rembourser auprès des banques et c'est pas fini qui va payer?

On a là affaire à un nouvel exemple de stigmatisation et de racisme à l'égard des musulmans, sans doute lancé par des mouvements d'extrême droite.
Notez le niveau de stupidité de l'argumentaire :
— Noël est un fête chrétienne, donc les musulmans ne la célèbrent pas. On peut déjà contester cet argument, sachant que Noël est devenu une fête commerciale, détachée de la religion pour bon nombre de gens1 ;
— Pourquoi retirer la prime aux seuls musulmans ? La logique voudrait que les athées, les juifs, etc. ne pratiquant pas Noël, ne reçoivent pas de prime. Pourquoi se focaliser sur le cas des musulmans sinon pour des motifs racistes ? ;
— Notez le « Ce n'était pas une initiative raciste ». Si ce n'est pas du racisme, ça y ressemble pas mal ! De plus, une telle mesure versant la prime ou non selon la religion du bénéficiaire est discriminatoire, donc cela tombe tout de même sous le coup de la Loi ;
— Notez aussi le très drôle : « La loi contre le racisme n'interdit pas expressément la critique des croyances, des opinions, des philosophies ». La critique a ses limites, et dans le cas présent, on est tout à fait dans de la discrimination religieuse qui elle est bien illégale. On retrouve aussi le vieux concept de « bon sens » qui permet aux racistes de justifier toutes sortes d'abominations.

Dans le message de la pétition, on ne trouve que ceci, qui est déjà proprement édifiant et dégoulinant de racisme et de bêtise. Mais dans le courriel qui m'a fait connaître cette affaire, on trouvait la réflexion suivante :

Pourquoi verserions-nous une prime de Noël a des gens qui se moquent des fêtes chrétiennes, qui font retirer les crèches et les sapins dans les écoles de France.
De qui se moque t'on ...

Tout d'abord, on est encore face à une affirmation gratuite, sans preuve, digne du pain au chocolat de Copé : dans quelles écoles a-t-on retiré des sapins suite à des plaintes de familles musulmanes ? Et si c'est vrai, combien de cas ? Bien peu à mon avis, faute de quoi nous aurions déjà eu les militants d'extrême droite le criant à tue tête pour alerter l'opinion (information que TF1 et consorts auraient bien vite relayé). Ensuite, en quoi les sapins, et encore plus les crèches auraient leur légitimité dans une école de la République ?
Je peux laisser passer un sapin, mais s'il y a des crèches dans les écoles publiques2, alors c'est un autre problème qui touche à la laïcité. Remarquez que les instigateurs de cette pétition sont du genre à pointer du doigt les musulmans au nom de la laïcité, mais qu'ils s’accommodent bien de la présence de symboles chrétiens dans une école laïque. Deux poids, deux mesures en somme !



1 : la preuve, je suis athée, et je célèbre Noël quand même !
2 : ce dont je doute, mais si vous avez des exemples, je suis curieux.

vendredi 28 décembre 2012

Capitalisme et mortalité

Dans le numéro 1153 de Courrier International, on peut voir en page 59 une infographie faisant le bilan du XXe siècle au travers des différentes causes de mortalité et du nombre de victimes associé.

Ce qui a particulièrement attiré mon attention, c'est la partie Idéologie :


Cause Nombre de victimes Détails
Démocratie 15 millions dont 14 par la politique étrangère américaine
Fascisme 28 millions dont 21 pour le nazisme
Communisme 94 millions dont Chine 65 et URSS 20
Catholicisme 3 millions condamnation du port du préservatif

Il y a deux choses qui me gênent dans ce décompte :
— D'une part je trouve le terme « communisme » ambigu pour les pays comme la Chine0 et l'URSS, car le système économique était de type communiste, mais le régime politique était un régime totalitaire au même titre que ceux qu'on trouve sous la bannière du capitalisme. Je trouverais plus prudent de désigner ces victimes sous une catégorie « totalitarisme » ou « dictature ». De plus, le communisme ne contient pas en germe le totalitarisme ou la dictature. Pas plus que le capitalisme en tous cas.
Dans toutes les phases révolutionnaires, il peut y avoir de la part d'un groupe un opportunisme qui les fait s'accrocher au pouvoir et peut faire d'eux des dictateurs. Napoléon Bonaparte a ainsi très bien utilisé le besoin de calme au tournant de la Révolution pour s'imposer comme sauveur de cette dernière. On sait très bien ce qu'il en a fait par la suite. Je pense qu'il en a été de même pour les révolutions communistes : un groupe minoritaire est parvenu à saisir les outils fournis par la révolution pour servir ses propres intérêts. Masquant le tout derrière le fard du communisme et de la révolution, ils se sont maintenus en place en pervertissant l'objectif initial : l'abolition des classes ;

— D'autre part, puisque le communisme est a priori opposé au capitalisme, n'aurait-il pas été intéressant de compter les victimes du capitalisme1 ? En effet, l'infographie dénombre les victimes des maladies infectieuses, mais combien d'entre elles sont mortes faute d'accès au soins ? Accès dont certaines populations sont privées parce que les industries pharmaceutiques font payer le prix fort pour les traitements ad-hoc2.
On y dénombre aussi les suicides. Là encore, combien de personnes se suicident-elles suite à une pression trop forte d'une société de concurrence qui demande de produire et de travailler toujours plus que son voisin3 ?
Parmi les victimes de la pollution, combien sont mortes à causes de polluants rejetés par des usines dont le maître mot est « bénéfices » plutôt que « développement durable ». Parmi les gens qui meurent de faim, combien sont morts parce qu'un petit nombre a spéculé à la hausse sur les marchandises alimentaires ? Ou parce que certaines multinationales font payer cher leurs semences à certains petits producteurs ?

Le fait est que les déviances et les risques liés au capitalisme existent et tuent aussi. Soit par les tensions qu'il crée, soit par les privations qu'il cause, soit par les dégradations qu'il génère. Loin de moi l'idée de de nier les dégâts dans ces pays ou dire que les victimes des politiques totalitaires en URSS et en Chine sont négligeables devant celles du capitalisme ! Mais on est en droit de se poser la question du nombre de victimes (in)directes du capitalisme et de le trouver indiqué, à titre de comparaison, lorsqu'on parle du communisme.
Je ne suis pas sûr que le capitalisme s'en trouve grandi…


0 : le cas de la Chine est encore plus frappant aujourd'hui dans un pays qui est officiellement dirigé par le PCC, mais qui possède une économie tout à fait capitaliste !
1 : de plus, le capitalisme est une idéologie au même titre que le communisme.
2 : notamment dans le cas du SIDA. Mais même en Europe, la santé devient un luxe pour beaucoup de citoyens.
3 : prenez par exemple les suicides chez France Télécom et autres.

dimanche 18 novembre 2012

Gauche(s)

Les communistes dans l'opposition

Suite au rejet au Sénat de la loi Brottes sur les tarifs de l'énergie ainsi que le rejet de la loi de programmation budgétaire 2012-2017 par les groupes communistes et UMP, les réactions sont diverses, et pas forcément toutes cohérentes.

D'une part on accuse les communistes de voter comme l'UMP, alors que c'est l'exact inverse qui s'est produit : l'UMP a voté pour une motion proposée par le groupe CRC. D'autre part, certains représentants socialistes, en tête desquels on trouve Arnaud Montebourg, ont affirmé que les communistes « n'aidaient pas la gauche » et étaient « clairement dans l'opposition ».
Ce que j'ai envie de dire aux socialistes est qu'il était grand temps qu'il s'en rendent compte !

Le Front de Gauche n'est pas l'allié naturel du PS comme beaucoup de gens le croient. Cela n'est plus vrai depuis que le Parti Socialiste a fait son « Bad Godesberg »1 et a ainsi pris son tournant social-démocrate à tendance libérale. Cela n'est plus vrai depuis que le gouvernement PS a choisi de céder aux sirènes du MEDEF et de la Troïka en appliquant un budget d'austérité où baisses massives des dépenses publiques vont de pair avec une baisse des cotisations patronales et une hausse de la TVA.
Le FDG ne peut cautionner ni les mesures d'austérité, ni une politique qui cède face à la puissance de l'argent2. De fait il est normal que le FDG vote contre le budget et contre des projets de loi qu'il estime contre les intérêts des plus démunis. On notera aussi que les propositions de loi et amendements communistes sont souvent rejetés par la majorité, ce qui montre que le PS entend gouverner seul et se fiche bien de ce que pensent ses « partenaires » à gauche.

Par ailleurs, je salue la démarche du PCF et du PG de ne pas jouer le jeu des socialistes qui vise à mettre toute la gauche dans le même sac. Jeu qui n'aura pour conséquence que de nous faire tomber avec eux en 2014 puis en 2017 quand les Français verront à quel point ils ont été trahis par le gouvernement qui va à contre courant des mesures les plus attendues, et qui reste dans la droite lignée du gouvernement précédent, tout en se cachant derrière le terme de « gauche » qu'ils usurpent nettement. Il est hors de question que les communistes soient assimilés au PS, nos lignes politiques étant de plus en plus différentes.

Enfin, j'attire l'attention du lectorat sur cette étude de l'Observatoire de l'Europe3, montrant que les groupes PPE (droite/conservateurs) et PSE (socialistes/sociaux-démocrates) au Parlement Européen votent de la même façon dans 97% des cas4. Oui, vous avez bien lu, 97% ! Et pour le reste, soit il s'agit de textes de faible influence (des initiatives du Parlement, sans portée législative), ou le désaccord est interne à un des groupes parlementaires.
Dès lors, que le PS fasse la leçon au PCF est un peu fort de café…

Complément


Pour achever votre réflexion sur les votes au parlement européen, je vous invite à visiter le cousin européen de www.nosdeputes.fr qui analyse les votes du Parlement Européen, du Conseil Européen : www.votewatch.eu. Vous pouvez trouver vos députés européens, les trier par groupe parlementaire, par pays. Vous saurez ainsi qui vote, sur quoi et comment, quelles sont les majorités constituées autour de tel ou tel texte, et vous pourrez « voter » à votre tour sur certains textes législatifs pour comparer votre position aux vrais eurodéputés !
Bref, un site riche d'enseignements sur l'activité parlementaire européenne qui devrait être bien plus mis en avant.


2 Je pense notamment au mouvement des « Pigeons » qui ont réussi avec quelques « J'aime » et quelques tweets à faire reculer le gouvernement là où des dizaines de milliers de personnes dans la rue n'ont pas obtenu un référendum sur le TSCG. 
3 Voir ici l'analyse :
4 Pour l'année 2008. Sur la période 2004-2009 on est au dessus de 90%.

jeudi 8 novembre 2012

Retour au poste.

Après six mois d'inactivité, je pense qu'il est temps de se pencher à nouveau sur ce blog qui n'a sans doute pas autant de lecteurs que je pourrais le souhaiter mais qui pourrait très bien en intéresser de nouveaux, notamment au sein de mes suiveurs sur Twitter. Je les remercie par ailleurs pour leur suivi.
Mon actualité personnelle (dont je ne dirai rien) m'a assez occupé et m'a tenu éloigné de l'écriture politique. Fort heureusement, elle ne m'a pas tenu loin de la politique tout court et ma première Fête de l'Humanité a achevé de me convaincre que mon engagement politique récent avait un sens et que la politique peut être un outil de transformation de la société.

La Fête de l'Humanité

Je ne peux pas simplement éluder la Fête quand elle m'a apporté tant de choses sur le plan des idées. C'était une belle première fête pour moi et j'ai été ravi d'aider modestement le stand de la section de Massy dont je salue ici les camarades.

Une chose cependant m'a frappé : il y avait sur les différents stand surtout mention des partis respectifs (PCF principalement, PG, GU…) mais très peu du Front de Gauche, comme si les partis voulaient affirmer leur position individuelle au détriment de la structure fédérative qu'est le FDG. Cela contraste beaucoup avec les intentions affichées par les diverses composantes de poursuivre l'initiative FDG1. Que faut-il y voir, je l'ignore. Mais à mon sens l'avenir du Front de Gauche est encore à définir et le Congrès du PC à venir devrait éclaircir un peu les choses.

Outre ces considérations politiques j'ai eu l'occasion de découvrir certaines idées, et j'en ai profité pour récupérer des outils, à savoir de la lecture !
J'attire ainsi l'attention de les lecteurs sur la revue européenne Transform! éditée par les Espaces Marx et par d'autres groupes d’études marxistes européens. Il s'agit d'une revue paraissant deux fois par an, disponibles dans plusieurs langues communautaires, contenant des articles de fond sur des problématiques nationales et européennes abordées d'un point de vue progressiste et social. Le numéro d'octobre 2012 porte sur la démocratie en danger en Europe et est truffé d'articles très intéressants qui donnent et des arguments pour débattre ainsi que des exemples pour étayer son propos. J'y ai aussi trouvé une théorisation claire de certains concepts. En somme je recommande à tous la lecture de cette revue, au moins pour ce numéro-ci.
J'aurai — je l'espère — l'occasion de revenir sur certains articles publiés dans cette revue.


1 le projet de base du PCF en vue du 36e congrès en est un exemple, mais le PG n'est pas en reste.

jeudi 10 mai 2012

Des députés et vous ?

Candidat moi ?


Cela peut sembler saugrenu mais après tout, pourquoi pas ! N'importe qui (ou presque) peut devenir député à l'Assemblée Nationale.

Et ça le Parti Pirate l'a bien compris. Ce dernier cherche même des candidats pour le représenter aux élections législatives. Ce n'est pas tant par intérêt pour le parti que je me suis penché sur leur démarche mais pour leur newsletter qui donne une foule d'informations utiles aux citoyens qui voudraient devenir candidats.
On notera notamment un article expliquant comment réaliser une campagne à 0 € !

Le site recèle d'informations très utiles sur comment être candidat, comment organiser sa campagne et même d'un simulateur de frais de campagne.
C'est très instructif et faute de vous donner envie de militer pour le Parti Pirate, ça peut vous donner envie de vous lancer vous même dans la campagne des législatives.

Mais faites vite : les dates de dépôt des candidatures approchent(0) !

 LA liste


Cette liste contient les noms des députés qui ont voté en faveur, ou qui se sont abstenus, lors de l'examen du projet de loi pour la ratification du Mécanisme Européen de Stabilité (MES).

Que l'UMP ait voté pour semble logique, c'est un projet défendu par la majorité. Mais les socialistes dans leur grande majorité se sont abstenus. François Hollande parle de renégocier le traité, mais il oublie qu'on ne négocie pas quelque chose qu'on a préalablement signé. Il fallait voter contre, un point c'est tout.

Cet acte témoignant de peu de courage (ou d'intelligence s'il est fait volontairement), ne peut être ignoré. J'invite donc les électeurs à se poser la question suivante : « Mon député sortant a-t-il voté pour, ou s'est-il abstenu ? »

Si la réponse est « oui », la question suivante à se poser est « Est-ce que ce vote est compatible avec mon refus de l'austérité imposée ? »

Il ne faut en effet pas oublier que l'adoption du MES est associée à l'adoption du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG)(1) qui force les états à adopter une règle d'or budgétaire et qui les expose à des sanctions automatiques de la Commission Européenne.
Rappelons que
  • la Commission n'est pas un organisme élu;
  • les sanctions préconisées par la Commission seront automatiquement appliquées sauf si une majorité qualifiée au Conseil de l'Union s'y oppose(2). Autant dire que les sanctions seront toujours appliquées.
L'acceptation du MES implique l'acceptation du TSCG et donc le risque de mesures de rétorsion si les objectifs de réduction du déficit ne sont pas atteints. Autant dire que les plans d'austérité deviennent alors inévitables. Soit voulus par le parlement, soit imposés par la Commission et/ou le FMI.
Il s'agit là d'une perte totale de souveraineté sur les finances nationales. De telles mesures imposées par un gouvernement européen réellement issu du peuple pourraient avoir un sens. Mais venant d'instances non élues, le morceau est un peu dur à avaler.
Personne n'a envie de subir le plan d'austérité imposé par la troïka à la Grèce, et ce malgré les résultats des récentes élections législatives qui consacrent les partis opposés au mémorandum.

Donc en juin, posez-vous les bonnes questions, et considérez bien si votre député mérite d'être élu à sa propre succession.


(0) : « Pour le premier tour, les déclarations de candidatures sont déposées à partir du lundi 14 mai 2012 et jusqu'au vendredi 18 mai 2012 à 18 heures » Cf. http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/elections/les_candidatures  pour toute la documentation officielle.
(1) : Pour en savoir plus sur le TSCG : http://contrelacour.over-blog.fr/article-2-mars-2012-signature-de-la-version-definitive-du-traite-sur-la-stabilite-la-coordination-et-la-go-101251327.html
(2) : Pour mieux comprendre : http://contrelacour.over-blog.fr/article-ue-gouvernance-economique-la-regle-de-la-majorite-inversee-88874269.html

mardi 8 mai 2012

Une nouvelle étape

La fin d'une époque.


À moins de vivre dans une caverne quelque part à l'autre bout du monde, vous ne pouvez pas ignorer que les urnes ont parlé et ont donné à la France un nouveau Président. François Hollande est donc le septième Président de la République Française. Le second socialiste à arriver à ce poste sous la Ve République.

De par la rareté de la chose, l'élection du candidat socialiste a été acclamée par la gauche, et la foule présente à la Bastille ou rue de Solférino le 6 mai témoigne de cet enthousiasme. Et je suis de ceux qui sont satisfaits, seulement il ne faudrait pas que l'on confonde tout.
Ma satisfaction réside dans la défaite de Nicolas Sarkozy qui incarnait selon moi une forme de présidence antagoniste à ma conception de la République telle que nous l'ont légué les acteurs de la Révolution. Mais je ne crie pas victoire pour autant... Hollande sera moins catastrophique que Sarkozy, au moins parce qu'il devrait éviter les écarts de langage et les réflexions racistes et discriminatoires qu'avait proférées Nicolas Sarkozy. Ainsi je vois mal Hollande faire la chasse aux Roms comme on chasse du gibier ou encore dire « Casse toi pauvre con » à un électeur mécontent.

Seulement, je me méfie de lui. Il est de gauche, mais d'une gauche molle qui a abdiqué face aux marchés et aux puissances de l'argent. C'est tout de même lui qui a affirmé aux britanniques ne pas être dangereux et a tenu à les rassurer quant à sa position vis à vis du libéralisme. Son projet n'est pas très ambitieux et je n'y ai pas trouvé de propositions qui permette d'affronter ouvertement la finance, ou qui permette de remettre un réel équilibre fiscal. Il est orienté dans la bonne direction, mais n'y va pas franchement.
Quelques mesures me hérissent même le poil. L'idée qu'il puisse parler de laïcité tout en proposant d'inscrire le Concordat d'Alsace-Moselle dans la Constitution me donne de l'urticaire. Et bloquer pendant trois mois le prix de l'essence est une mesure dangereuse en cela qu'elle n'est que temporaire et qu'elle n'incite pas nos concitoyens à la réduction de leur consommation de carburants. Le défi écologique qui est devant nous ne peut aboutir que si notre consommation d'énergie fossile baisse. Un blocage des prix revient pour beaucoup de foyers à une incitation.
On pourra me répondre que beaucoup en ont besoin pour travailler. C'est vrai, mais ne faudrait-il pas plutôt se poser la question de comment aider les gens à travailler avec moins de pétrole ? Développer des transports publics écologiques et efficaces me parait être d'une plus grande urgence. Inciter à l'utilisation de moyens de transports alternatifs, ou aider les personnes faisant du coivoiturage me paraissent des solutions plus habiles et à meilleure efficacité sur le long terme.

De façon générale, Hollande n'a pas obtenu carte blanche. Il doit encore avoir une majorité pour gouverner, et les élections législatives en sont la clé. C'est là que le Front de Gauche devra être sur le pont, et où la mobilisation des citoyens sera importante. Une Assemblée avec un grand nombre d'élus de la gauche radicale obligera Hollande à prendre en compte nos revendications et ne le laissera pas s'endormir sur ses lauriers. De même, la mobilisation syndicale et populaire ne doit pas faiblir. Nous ne voulons pas de l'austérité, nous exigeons plus de justice fiscale et sociale. L'accès aux soins, au logement, à l'éducation ne sont pas des questions vaines, et nous devrons être très vigilants pour éviter que la réduction des déficits publics se fasse par une baisse de la dépense publique tandis que les entrées fiscales continuent de dégringoler.

Mais où est passé l'argent ?


Le comité Roosvelt2012 fait des propositions très intéressantes pour le pays, et notemment en matière économique et fiscale. Leur documentation est très intéressante, surtout quand on découvre que l'annulation des réductions d'impôt réalisées depuis 2000 pourrait éponger en grande partie la dette publique. Ce collectif rappelle également que la plus grande partie de l'endettement des états européens est causée par le remboursement de la dette contractée antérieurement. Ils proposent ainsi que la Banque Centrale Européenne puisse prêter à la Banque Européenne d'Investissement, ou à des banques publiques nationales, lesquelles pourraient prêter à très faible taux aux états, les soulageant de ces vieilles dettes.
Une fiscalité juste, progressive et non laxiste sont des propositions avancées par le collectif et qui font écho aux propositions du Front de Gauche.

Par ailleurs on appréciera également le souhait du collectif d'une Europe plus sociale et plus parlementaire pour que les citoyens soient plus impliqués dans l'Union et que cette dernière ait enfin une direction claire à suivre, qui serait dictée par la majorité au Parlement Européen et non par un collège de chefs d'États élus chacun dans leur coin défendant leur propres intérêts.
Et si on se posait aussi la question de listes transnationales pour remplir une partie des sièges au Parlement ?

Et si on parlait proportionnelle ?


Le vieux serpent de mer du scrutin proportionnel revient à chaque échéance électorale. Sarkozy en parlait en 2007, Hollande en a parlé en 2012. Pour le moment, personne ne la fait. Il y a les pour, il y a les contre évidemment, chacun y allant de son argumentaire plus ou moins bien ficelé.

Pour séparer le faux du vrai et me faire un avis objectif, je suis en train de faire quelques calculs basés sur les résultats des élections législatives de 2007, en calculant ce que la composition de l'Assemblée Nationale aurait pu être si le scrutin avait été proportionnel selon diverses méthodes. Rien n'est achevé, mais les premières conclusions sont intéressantes puisque dans les premiers cas que j'ai testé la majorité présidentielle n'en aurait pas été une !
Affaire à suivre.

mardi 6 mars 2012

À la radio...

Aujourd'hui je tenais à partager deux bons programmes de France Culture, lesquels méritent toute votre attention.
En premier lieu, il y a cet édifiant reportage sur la Circulaire Guéant, et sur les conséquences qu'elle a eu sur la vie d'étudiants étrangers non européens formés et diplômés en France qui se voient refuser un visa de travail pour rester en France. Ces pauvres étudiants, travailleurs, formés, instruits, et qui ont bien souvent déjà une proposition d'emploi stable se voient refoulés comme des sauvages sans aucune valeur. Ils se retrouvent alors en situation illégale, sans couverture santé, et ans emploi, alors qu'ils sortent avec succès d'une formation.

Pourtant, étant formés et prêts à travailler en France, ils contribueraient à l'activité économique du pays. Pays auquel ils sont d'ailleurs attachés puisque nombre d'entre eux ont refusé des offres faites par d'autres pays. Ils restent, pour obtenir ce titre de séjour pour lequel ils se sont battus.
Ils ont par ailleurs formé un collectif, le collectif du 31 mai, qui rassemble des étudiants étrangers touchés par cette circulaire. Et ensemble, ils espèrent obtenir enfin une réponse à leur demande de régularisation.

« La France tu l'aimes... mais tu la quittes » : À écouter ici.

Ensuite, on pourra ensuite s'intéresser à ce numéro de Du grain à moudre qui se pose la question «Si les riches n'existaient pas, faudrait-il les réinventer ?».
Les trois invités de l'émission sont d'avis divergents, et il est assez amusant d'entendre les pathétiques arguments du libéral Jean-Philippe Delsol qui nous ressort la litanie du trickle-down, dont l'histoire récente et en particulier le Royaume-Uni sous Thatcher, nous a montré l'absolue inefficacité.
De bons arguments de la part de l'économiste de Alternatives Économiques.

« Si les riches n'existaient pas... » : À écouter ici.

Bonne écoute !