vendredi 28 décembre 2012

Capitalisme et mortalité

Dans le numéro 1153 de Courrier International, on peut voir en page 59 une infographie faisant le bilan du XXe siècle au travers des différentes causes de mortalité et du nombre de victimes associé.

Ce qui a particulièrement attiré mon attention, c'est la partie Idéologie :


Cause Nombre de victimes Détails
Démocratie 15 millions dont 14 par la politique étrangère américaine
Fascisme 28 millions dont 21 pour le nazisme
Communisme 94 millions dont Chine 65 et URSS 20
Catholicisme 3 millions condamnation du port du préservatif

Il y a deux choses qui me gênent dans ce décompte :
— D'une part je trouve le terme « communisme » ambigu pour les pays comme la Chine0 et l'URSS, car le système économique était de type communiste, mais le régime politique était un régime totalitaire au même titre que ceux qu'on trouve sous la bannière du capitalisme. Je trouverais plus prudent de désigner ces victimes sous une catégorie « totalitarisme » ou « dictature ». De plus, le communisme ne contient pas en germe le totalitarisme ou la dictature. Pas plus que le capitalisme en tous cas.
Dans toutes les phases révolutionnaires, il peut y avoir de la part d'un groupe un opportunisme qui les fait s'accrocher au pouvoir et peut faire d'eux des dictateurs. Napoléon Bonaparte a ainsi très bien utilisé le besoin de calme au tournant de la Révolution pour s'imposer comme sauveur de cette dernière. On sait très bien ce qu'il en a fait par la suite. Je pense qu'il en a été de même pour les révolutions communistes : un groupe minoritaire est parvenu à saisir les outils fournis par la révolution pour servir ses propres intérêts. Masquant le tout derrière le fard du communisme et de la révolution, ils se sont maintenus en place en pervertissant l'objectif initial : l'abolition des classes ;

— D'autre part, puisque le communisme est a priori opposé au capitalisme, n'aurait-il pas été intéressant de compter les victimes du capitalisme1 ? En effet, l'infographie dénombre les victimes des maladies infectieuses, mais combien d'entre elles sont mortes faute d'accès au soins ? Accès dont certaines populations sont privées parce que les industries pharmaceutiques font payer le prix fort pour les traitements ad-hoc2.
On y dénombre aussi les suicides. Là encore, combien de personnes se suicident-elles suite à une pression trop forte d'une société de concurrence qui demande de produire et de travailler toujours plus que son voisin3 ?
Parmi les victimes de la pollution, combien sont mortes à causes de polluants rejetés par des usines dont le maître mot est « bénéfices » plutôt que « développement durable ». Parmi les gens qui meurent de faim, combien sont morts parce qu'un petit nombre a spéculé à la hausse sur les marchandises alimentaires ? Ou parce que certaines multinationales font payer cher leurs semences à certains petits producteurs ?

Le fait est que les déviances et les risques liés au capitalisme existent et tuent aussi. Soit par les tensions qu'il crée, soit par les privations qu'il cause, soit par les dégradations qu'il génère. Loin de moi l'idée de de nier les dégâts dans ces pays ou dire que les victimes des politiques totalitaires en URSS et en Chine sont négligeables devant celles du capitalisme ! Mais on est en droit de se poser la question du nombre de victimes (in)directes du capitalisme et de le trouver indiqué, à titre de comparaison, lorsqu'on parle du communisme.
Je ne suis pas sûr que le capitalisme s'en trouve grandi…


0 : le cas de la Chine est encore plus frappant aujourd'hui dans un pays qui est officiellement dirigé par le PCC, mais qui possède une économie tout à fait capitaliste !
1 : de plus, le capitalisme est une idéologie au même titre que le communisme.
2 : notamment dans le cas du SIDA. Mais même en Europe, la santé devient un luxe pour beaucoup de citoyens.
3 : prenez par exemple les suicides chez France Télécom et autres.

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