mardi 6 mars 2012

À la radio...

Aujourd'hui je tenais à partager deux bons programmes de France Culture, lesquels méritent toute votre attention.
En premier lieu, il y a cet édifiant reportage sur la Circulaire Guéant, et sur les conséquences qu'elle a eu sur la vie d'étudiants étrangers non européens formés et diplômés en France qui se voient refuser un visa de travail pour rester en France. Ces pauvres étudiants, travailleurs, formés, instruits, et qui ont bien souvent déjà une proposition d'emploi stable se voient refoulés comme des sauvages sans aucune valeur. Ils se retrouvent alors en situation illégale, sans couverture santé, et ans emploi, alors qu'ils sortent avec succès d'une formation.

Pourtant, étant formés et prêts à travailler en France, ils contribueraient à l'activité économique du pays. Pays auquel ils sont d'ailleurs attachés puisque nombre d'entre eux ont refusé des offres faites par d'autres pays. Ils restent, pour obtenir ce titre de séjour pour lequel ils se sont battus.
Ils ont par ailleurs formé un collectif, le collectif du 31 mai, qui rassemble des étudiants étrangers touchés par cette circulaire. Et ensemble, ils espèrent obtenir enfin une réponse à leur demande de régularisation.

« La France tu l'aimes... mais tu la quittes » : À écouter ici.

Ensuite, on pourra ensuite s'intéresser à ce numéro de Du grain à moudre qui se pose la question «Si les riches n'existaient pas, faudrait-il les réinventer ?».
Les trois invités de l'émission sont d'avis divergents, et il est assez amusant d'entendre les pathétiques arguments du libéral Jean-Philippe Delsol qui nous ressort la litanie du trickle-down, dont l'histoire récente et en particulier le Royaume-Uni sous Thatcher, nous a montré l'absolue inefficacité.
De bons arguments de la part de l'économiste de Alternatives Économiques.

« Si les riches n'existaient pas... » : À écouter ici.

Bonne écoute !

lundi 5 mars 2012

Paroles, paroles, paroles...

Bonjour,

aujourd'hui, je vous donne donne les chiffres donnés par le CSA sur le temps de parole des candidats et de leurs soutiens dans les médias sur la période du 1er janvier au 24 février.

  • Nicolas Sarkozy, candidat UMP: 165 heures 45 minutes 28 secondes
  • François Hollande candidat PS: 142 heures 23 minutes 56 secondes
  • Marine Le Pen candidate Front National: 48 heures 34 minutes 1 secondes
  • François Bayrou Candidat du centre Modem: 45 heures 4minutes 43 secondes
  • Jean-Luc Mélenchon candidat du Front de gauche: 27 heures 52 minutes 4 secondes
  • Dominique de Villepin candidat de République Solidaire: 7 heures 35 minutes
  • Corinne Lepage candidate écologiste de Cap 21 : 6 heures 38 minutes 16 secondes
  • Nathalie Artaud  candidate de lutte ouvrière: 6 heures 18 minutes 55 secondes
  • Nicolas Dupont-Aignan candidat de Debout la République: 5 heures 18 minutes 17 secondes
  • Philippe Poutou candidat du NPA: 4 heures 3 minutes et 38 secondes

(sources : CSA et Première )

Le CSA semble de satisfaire pleinement de ces temps de parole et considère que l'équité est respectée. Selon le CSA, le principe d'équité consiste à donner un temps de parole aux candidats qui soit cohérent à leur poids électoral, notamment via les sondages.

Je me permets de trouver cette conception pernicieuse. En effet, on peut raisonnablement considérer qu'un candidat ne peut pas monter dans les sondages si ses idées ne sont pas clairement exposées aux électeurs. De fait un candidat à 1% ne peut pas gagner de points si on ne le laisse pas s'exprimer.
Dès lors, en faisant en sorte qu'un candidat A à 25% parle plus qu'un candidat B à 2%, on entretient cet écart en donnant plus d'opportunités au candidat A d'exposer ses vues.

On pourra m'opposer qu'un candidat moins crédible (le candidat monarchiste par exemple), même s'il occupait dix fois plus les antennes ne ferait pas dix fois mieux dans les sondages. J'imagine que c'est vrai. Cependant, on ne me fera pas croire qu'un candidat qui a de bonnes idées, ou du moins des idées qui peuvent convaincre, ne gagnera pas à avoir une exposition médiatique plus équilibrée.

De plus, je trouve tendancieux de donner un temps de parole basé sur les sondages. En effet, même si les médias en sont friands, et que les politiques les prennent (parfois) en compte, je me suis toujours méfié des sondages en temps que citoyen. D'autant plus après le 21 avril 2002.
D'une part, on peut être suspicieux quant aux liens entre les instituts de sondages et les groupes médiatiques, et ceux entre ces derniers et les politiques eux-mêmes. D'autre part, que penser de sondages publiés sans marges d'erreur, et où il est parfois procédé à des redressements ? (1)

L'autre point sur lequel je conteste les choix du CSA et des médias, est que leur vision de l'équité traite inégalement le poids électoral des partis des candidats en lice. Je cite le CSA :

Le principe d’équité implique que les services de télévision allouent  aux candidats (ou aux partis politiques) et à leurs soutiens des temps de parole ou d’antenne en tenant compte de leur représentativité et de leur implication effective dans la campagne
ou encore un peu plus loin
  • la représentativité des candidats qui prend en compte, en particulier, les résultats du candidat ou de la formation politique aux plus récentes élections ;
  • la capacité à manifester concrètement son implication dans la campagne : organisation de réunions publiques, participation à des débats, désignation d'un mandataire financier, et plus généralement toute initiative permettant de porter à la connaissance du public les éléments du programme du candidat.

Prenons les au mot et voyons les scores obtenus par les divers partis aux dernières élections au suffrage universel direct (j'exclus donc les sénatoriales qui sont indirectes) : les élections cantonales de 2011, avec les résultats suivants au niveau national pour le second tour. (2)



PS+PRG 36,94%
UMP+NC+Majorité 26,15%
FN 11,57%
PCF+PG 5,02%
EELV 2,73%
MODEM 0,94%

Si on fait le calcul des temps de parole pour les mêmes candidats on obtient environ(3)



Hollande 33%
Sarkozy 38%
Le Pen 11%
Mélenchon 6%
Joly 1%
Bayrou 10% 

Force est de constater que les proportions sont à peu près respectées, à quelques écarts près (4), notamment à cause de Nicolas Sarkozy qui dépasse largement, mais on peut partiellement expliquer cela par son poste de Président, mais aussi à cause de François Bayrou qui est sur-représenté.
Il est clair que si on prend en compte les résultats de 2007, Bayrou est moins sur-représenté, mais bon. Enfin Éva Joly est clairement perdante.

La représentation électorale semble donc être vaguement suivie, avec quelques libertés. Cela étant, cette méthode oublie le nombre d'élus qui n'est clairement pas le même d'un parti à un autre. Ainsi le FN, quoique faisant de bons scores, obtient très peu d'élus, ce qui devrait être pris en compte. De même pour le MoDem qui a moins d'élus que EELV et le PCF, pourtant moins bien représentés dans les temps de parole.
De même, si on prend en compte la participation militante, les partis de gauche devraient être avantagés, puisqu'ils ont une forte base militante, et que les meeting de Jean-Luc Mélenchon rassemblent jusqu'à 10 000 personnes, là où le FN attire moins de la moitié.
Enfin, certains candidats n'ont toujours pas la garantie d'obtenir tous les parrainages nécessaires à deux semaines du début de la campagne officielle.

La conclusion est que le CSA semble globalement respecter ses propres consignes, mais que ces consignes elle-mêmes méritent une réflexion, et posent à nouveau à la question du traitement de la campagne électorale par les médias.

Heureusement, après la période d'équité, suit la période d'égalité parfaite où tous les candidats qui le sont officiellement ont un temps de parole strictement identique. Ce sera alors l'occasion d'un vrai débat démocratique où tous les candidats auront le temps d'exposer leurs idées.

Remarque d'actualité : cet article n'arrive pas par hasard, il fait suite aux plaintes du Front de Gauche qui trouve anormal que Marine Le Pen ait droit à 1h30 en prime-time dans l'émission Parole de Candidat alors que Jean-Luc Mélenchon n'a droit qu'à 30 min à 22h20.
Ce sur quoi je les rejoins, pas tant sur le temps consacré à MLP, mais sur la remarque pertinente que TF1 a consacré 3 prime-time sur 4 à la droite. De toute façon, personne n'est dupe quant aux inclinations de la chaine de Martin Bouygues...

Je tenais cependant à vérifier les valeurs du CSA et à analyser si leur politique d'équité est pertinente. Ma conclusion personnelle est qu'elle ne l'est pas totalement, et je pense qu'il serait intéressant de remplacer l'équité par une égalité, bien que plus permissive que la période d'égalité officielle.

Vos réactions et vos avis sont les bienvenus.


(1) Le FN bénéficiait énormément de ce système qui consiste à redresser les valeurs trouvées pour un candidat en considérant l'écart entre les sondages et les résultats réels. L'idée est que les électeurs du FN avouent moins aisément leur choix aux sondeurs, ce qui a tendance à donner des résultats supérieurs lors de l'élection que dans les sondages. Les sondeurs prennent cela en compte lorsqu'il procèdent à un redressement. Les redressements sont moins fréquents maintenant que le FN est devenu « plus fréquentable »...
(2) La source est Wikipédia. J'ai associé PS et PRG, car Hollande est leur candidat commun, de même pour UMP+NC+Majorité et PCF+PG. Je n'ai pas pris en compte les candidats Divers Gauche et Divers Droite car il est difficile de savoir à quel parti les associer exactement.
(3) le pourcentage concerne le temps de parole des six candidats indiqués. Le total fait 99%, suite à des arrondis. Devant les faibles scores des partis d'extrème gauche, je n'ai pas inclus Nathalie Artaud, ni Philippe Poutou. 
(4) Les temps de parole relatifs sont à comparer avec les résultats des cantonales avec mesure puisque les chiffres donnés pour les élections portent sur l'ensemble des candidats, alors que mon calcul de temps de parole ne porte que sur six candidats/partis.

dimanche 4 mars 2012

Un peu de pédagogie

Aujourd'hui un billet court qui a pour but de vous conseiller deux documents tirés de France Inter et qui traitent de la crise économique. On y prend le temps d'expliquer les choses et on y entend un son de cloche différent des habituels économistes ultra-libéraux, puisqu'ici c'est un économiste des Économistes Atterrés qui parle.

Les deux parties de l'émission sont audibles ici :
Bonne écoute !

Et merci à Brice pour le partage.

samedi 3 mars 2012

On se (re)paye une tranche.

J'ai eu quelques commentaires sur mon article précédent, et dans un souci d'honnêteté je souhaitais corriger les erreurs que j'ai commises.

En premier lieu, j'ai eu la main lourde sur le calcul de l'impôt, je suis tombé dans le panneau des tranches : j'ai eu l'audace de considérer qu'un contribuable ayant un revenu imposable de 1 000 000 € se faisait prendre 750 000 € (en supposant la réforme Hollande adoptée). En faisant comme ça, je ne fais pas mieux que les « journalistes » du Figaro par ailleurs...

J'ai en effet complètement oublié que ce n'est pas si simple. L'imposition se fait sur chacune des tranches jusqu'à celle atteinte en prenant compte du quotient familial (j'y reviens sous peu). Le mécanisme est éclairci dans l'article suivant, ou encore sur l'ami Wikipédia, qui corrigent mon propos sur la forme sans lui nuire sur le fond. En revanche, ils mettent en évidence que l'imposition est encore moins confiscatoire qu'on veut bien le croire grâce à deux facteurs :
  1. le taux d'imposition moyen n'atteint alors pas le même niveau que le taux marginal. Dans l'exemple cité pour 1 200 000 €, on a un taux moyen de 48%, à comparer aux 75% du taux marginal.
  2. dans le calcul mentionné, ainsi que dans mon raisonnement, il n'a été question que d'un contribuable seul. En réalité, il faut prendre en compte le quotient familial et les diverses niches fiscales disponibles. Tout cela permet à un contribuable bien renseigné (mieux que moi en tout cas) de placer ses pions là où il faut pour éviter le fisc.
Bien qu'ayant commis un faux pas dans le calcul de l'impôt, je maintiens mon opposition aux arguments de confiscation brandis par la droite. Avec plus de tranches et avec un taux marginal plus élevé, on augmente certes l'impôt des plus hauts revenus, mais pas dans des proportions si démesurées que cela.

L'article ci-dessus a par ailleurs le mérite de comparer les taux pratiqués dans divers pays, et met en évidence que des écarts existent, mais qu'ils n'ont rien qui puisse inciter à la fuite fiscale massive. Il met même en évidence que en l'état, la fiscalité française est même plus permissive que celles de nos voisins européens, et ce sans tenir compte des niches fiscales.

Ces corrections étant faites, je fais amende honorable, et je promets de cliquer sept fois ma souris dans Internet avant d'écrire. Ceux qui repèreraient d'autres bourdes sont chaleureusement invités à me les signaler.